Le syndrome de l'imposteur

Marcheur nordique passionné, motivé par le partage d'expériences et la promotion d'une marche nordique telle que je l'apprécie tant, il m'est arrivé et m'arrive encore de souffrir du syndrome de l'imposteur : En quoi suis-je légitime pour porter un message, proposer des outils, prendre des initiatives, moi qui ne suis ni un professionnel ni un pédagogue de métier ?
Comment la maladie s'est-elle déclarée ? Quels remèdes pour la soigner ?
Voici une tentative de réponse pour celles et ceux que cela intéresse.
Une découverte compliquée de la marche nordique
Ma première rencontre avec la marche n'a pas été simple. Venant de la course à pied , notamment en trail qui a été une véritable passion définitivement interrompue pour cause de blessures, je m'y suis mis par défaut, pas vraiment enthousiaste. Je faisais à peu près "n'importe quoi", malgré les quelques recommandations des animateurs du club auquel je me suis inscrit. J'étais pourtant plein de bonne volonté, désireux de bien faire et rapidement séduit malgré mes a priori. Comme beaucoup de monde, je me suis nourri de nombreuses vidéos et supports sur les réseaux pour progresser. Cela me paraissait facile, en théorie, mais quel mal de chien pour mettre en pratique ! Malgré une première journée de stage avec Arja Jalkanen-Mayer, LA référence, puis un stage OTOP© d'une semaine avec Roland Zede et Chantal Torresan, j'étais encore très loin d'être au point. Beaucoup de difficultés à changer de mauvaises habitudes déjà bien ancrées, tendance à vouloir marcher trop vite avec mon passé de coureur, volonté de trop bien faire, tout cela se concrétisait par des crispations et des blocages. Impossible d'acquérir une gestuelle correcte malgré mes efforts.
Le début fortuit d'une démarche de partage
Chacun des éléments techniques de la gestuelle est pourtant évident à comprendre, mais j'étais incapable de penser à tout en même temps. La période de confinement lors de la crise du COVID a été un révélateur. Lassé de tourner en rond sur le même parcours pendant l'heure maxi imposée, j'ai eu l'idée d'enregistrer des consignes sur fond musical, à écouter en marchant à la fois pour passer agréablement le temps et m'aider à m'appliquer sur chacun des focus techniques que je m'annonçais.
Cela m'a été profitable, à tel point que j'ai proposé de tester mon "outil" à quelques amis, qui l'ont apprécié.
J'ai alors profité du temp disponible pour créer ce blog afin de partager plus largement ce premier "tuto audio" et rédiger quelques articles sur ce qui était déjà devenu une nouvelle
passion.
Imposteur dans mon club

J'ai commencé à donner quelques conseils à mes amis de marche bien que n'étant pas un animateur du club, mais encouragé par mes quelques progrès et en mesure de constater ce qui nécessitait d'être amélioré, chez moi et chez les autres.
Mais la priorité des adhérents étant plus la convivialité et le plaisir de sorties nature sans trop se "prendre la tête", mes recommandations ne trouvaient que peu d'échos. J'ai très vite abandonné. D'autant qu'une question m'est tout de suite venue à l'esprit : qui es-tu pour conseiller des marcheurs et marcheuses qui sont dans le club depuis bien plus longtemps que toi ? Je me suis donc contenté de poursuivre mon cheminement personnel, en participant à d'autres stages qui m'ont beaucoup apporté par leur diversité et en enrichissant régulièrement mon blog à travers les récits d'expériences personnelles et de nouvelles propositions "d'outils", dont je suis le premier bénéficiaire
Imposteur avec mon blog ?

Pas de sentiment d'imposture donc dans mon club, mais un peu, de façon plus générale, à travers mes publications. Non pas celles relatives à des informations générales, aux récits d'expériences personnelles ou mes "tempos audios", mais plus avec mes "tutos audios" :
de quel droit, avec quelle légittimé pour donner des conseils, qui m'étaient à l'origine destinés à moi-même, sans avoir de qualification reconnue ?
Franchir le pas de l'animation

A défaut d'un apport technique pour les adhérents de mon club, la connaissance des très nombreux parcours sur nos différents secteurs de sorties m'a assez naturellement amenée à jouer un rôle de guide pour les groupes. Le départ d'un coach attaché à la technique, qui a jeté l'éponge à force de se sentir inutile, m'a amené à prendre sa casquette, quitte à perdre un peu de disponibilité pour mes activités personnelles.
Seule réserve : passer un brevet fédéral. Une nécessité tant sur le plan administratif que pour être légitime dans cette fonction. La croissance du club avec seulement 2 animateurs restants pour une soixantaine d'adhérents m'a semblé être une obligation vitale. Cela n'aurait rien changé sans initier un vrai changement : proposer, uniquement pour celles et ceux que cela intéressait, une séance supplémentaire purement technique en plus des deux sorties nature hebdomadaires. Quelle surprise de constater qu'une bonne dizaine d'adhérents s'y sont immédiatement joints, quelle satisfaction de constater les progrès réalisés et le plaisir que tous y ont pris. Le plus gratifiant, c'est que non seulement la formule a perduré, mais que les nouveaux adhérents y viennent en nombre avec plaisir. Les progrès sont encore plus rapides grâce à de bonnes habitudes prises immédiatement, sans avoir à oublier les mauvaises comme j'ai dû le faire moi-même. La cerise sur le gâteau est le regain d'intérêt dans le club sur la dimension technique de notre pratique. Alors ça va, pas de raison de se sentir imposteur dans ces conditions
Imposteur en tant que promoteur d'une "marche nordique authentique" ?
Comme beaucoup de marcheuses et marcheurs et de coachs/instructeurs et instructrices professionnel.e.s ou non, attaché.e.s au respect de l'esprit de la marche nordique, je fais un constat qui me désole : la différence entre une marche nordique fidèle à ses origines issues du ski de fond, à base de propulsion grâce aux bâtons, et ce qu'on observe bien souvent sur le terrain :
D'un côté des pratiquants "loisir" qui font en réalité de la randonnée, plus ou moins active, sans maîtriser l'usage des bâtons en marche nordique. C'est déjà bien mieux que de rester inactif mais ils ne profitent pas de tous les bienfaits d'une pratique conforme.
A l'autre bout du spectre, des compétiteurs dont l'objectif est bien sûr de marcher le plus vite possible. Mais, là aussi, la technique est souvent dénaturée, la cadence prenant le pas sur la qualité de la propulsion. La préoccupation étant juste de respecter un règlement, à haute vitesse, la tentation est forte de se contenter du strict minimum en passant très vite le bras devant et la main derrière comme exigé. Ce sont alors les jambes qui impulsent la cadence, sans forcément exercer une réelle propulsion grâce aux bâtons. Pourquoi pas ? On peut admettre qu'en compétition on pratique "une autre marche nordique".

Mais ce qui me gêne, c'est que certains "apprenti.e.s marcheuses et marcheurs nordiques" soient tenté.e.s de s'en inspirer à travers de nombreuses vidéos de compétiteurs en pensant que c'est cela la marche nordique. Eh bien non, pas forcément.
Alors, imposteur ou pas, j'assume un rôle de "militant" pour défendre la marche nordique telle que je l'apprécie tant.
Agir collectivement
La meilleure façon d'avancer dans le bon sens étant de le faire ensemble, je suis fier de m'être associé à des coachs dont les compétences ne font aucun doute, à travers un collectif "Esprit Marche Nordique" pour :
Constituer le groupe Facebook "PROGRESSER EN MARCHE NORDIQUE" destiné à faciliter des échanges utiles pour toutes celles et ceux qui ont envie de le faire.

Créer des animations vidéos avec Roland Zede, ancien référent OTOP©, pour présenter une série d'éducatifs destinés à travailler les différentes composantes de la gestuelle. OTOP©. Au-delà de cette "méthode", les fondamentaux sont proches de toutes les autres "écoles", hormis celle de la compétition.

Construire une "Charte de bonnes pratiques" avec les membres du collectif, un outil utile pour tous afin d'identifier les éléments d'une gestuelle conforme à l'esprit originel de la marche nordique : que rechercher et éviter dans sa pratique.
Créer un événement, unique à ce jour, à l'occasion de la Viking Nordic'Walk & Trail organisée par mon club, (compétition nature sur différents parcours, en trail en MN) à Orival (76). Il s'agit une journée complète d'animations, la veille, avec de multiples ateliers techniques assurés par les ami.e.s instructeurs et instructrices du collectif Esprit Marche Nordique. Le point d'orgue pour terminer est un "challenge de la gestuelle". Sans chrono, il prend le contrepied de la compétition dans une démarche pédagogique, avec une évaluation très précise de la gestuelle des participants sur 2 tours d'une boucle, sans recherche de vitesse mais le respect des fondamentaux de la pratique.
Pas de souci de légitimité pour tout cela : je ne suis pas seul et suis très bien entouré.
Mes remèdes contre le sentiment d'imposture
C'est d'abord le regard des autres :
Ceux de mes pairs
Ceux des participants aux séances techniques que j'anime : les sourires et les remerciements à l'issue de chacune
Les retours positifs sur les réseaux, publics ou privés
Les nombreuses rencontres fortuites sur le terrain, avec des personnes qui viennent spontanément à la rencontre de NordicPat en le remerciant pour ses partages.
Outre les regards, ce sont aussi les constats tangibles qui légitiment ces actions :
La croissance régulière du groupe Progresser en marche nordique et la qualité des échanges
Le succès extraordinaire des animations marche nordique de La Viking NWT
Toutes ces avancées sont possibles grâce à des remises en question régulières, de multiples échange et la collaborations active de vrai.e.s expert.e.s, bien qu'ils ne se soient pas auto-proclamés. Merci à eux, je ne peux tous les citer, ils-elles se reconnaîtront.







Bravo pour ton implication au développement de la marche nordique
Tout à fait d'accord avec toi Patrice. Apprécié l’instant d’un beau chemin de vie avec les moments présent d’une belle gestuelle.
Vive la Marche Nordique OTOP®
Aller du Plus vers le Mieux ...