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Une marche nordique "audaxieuse"

il y a 5 heures
7 min de lecture

Multiplier les expériences pour varier les plaisirs, c'est toujours une bonne idée. Je ne voulais donc pas manquer la toute première édition de l'Audax 50 km en marche nordique, en pays charentais. Je ne l'ai pas regretté : ce fut un plein de belles rencontres, de sensations, d'expérimentations techniques, dans un environnement viticole inhabituel pour un viking.

 

L'Audax, quésaco ?

Il s'agit d'une épreuve de régularité sur longue distance pratiquée depuis longtemps dans plusieurs disciplines sportives d'endurance. Elle a été étendue récemment à la marche nordique. Le principe est simple : partir ensemble et rentrer ensemble à une vitesse régulière (6,5 km/h en marche nordique) sous la conduite de capitaines de course et serre-files. Un brevet est délivré à tous les arrivants pour valider leur participation. Pas de premier, pas de dernier, la solidarité prime. Après deux premières éditions testées sur 25 kilomètres, l'Audax Charentais proposait en cette fin septembre 2026 trois distances : 25, 37.5 et 50 kilomètres.


Une organisation rôdée.

Forts d'une expérience éprouvée sur la version marche (sans bâtons à une vitesse de 6 km/h) les organisateurs de l'association des Audax charentais nous ont concocté une "version nordique" sans faille dans les vignobles, au départ de Saint Saturnin. Moins de 8% de route, c'est le contrat en marche nordique.


Une première boucle de 25 km qu'à la pause du midi puis, en fonction des objectifs de chacun, une deuxième de 12,5 km pour le brevet 37,5 km puis encore une autre de 12,5 km, différente, pour les courageuses et courageux optant pour le brevet 50 km. Nous étions 35 participants au total, 25 l'après-midi pour les brevets 37,5 et 50 et 15 à l'arrivée du 50 km.  

Un ravitaillement réconfortant était proposé à chaque pause ravito, complété par des points d'eau entre chacune.  Attentive au bien-être des participants, l'organisation a eu la bonne idée de doubler les points d'eau l'après-midi compte tenu de la chaleur qui nous a accablée, nous avons été heureux d'y retrouver les bénévoles aux petits soins.


J'ai été "bluffé" par la capacité des meneurs d'allure de respecter aussi scrupuleusement la cadence : 6,6 km/h les 25 premiers kilomètres, 6,4 l'autre moitié pour arriver exactement aux 6,5 annoncés, et ce malgré les variations de dénivelé : 700 m de D+ dans les coteaux. De même par celle des concepteurs du parcours :  Consultant ma montre une dernière fois peu avant l'arrivée, j'annonce que je m'arrête dans 600 m. Je me suis bien arrêté 600 m plus loin alors qu'elle indiquait 50 km… pile à l'arrivée.

 

Une préparation sérieuse

Mon objectif est clair : terminer l'épreuve évidemment, mais dans de bonnes conditions, sans galérer et en tâchant de conserver une gestuelle nordique "propre" du début à la fin.

Alors un truc comme celui-là, ça ne s'improvise pas, pas question d'y aller la fleur au fusil. Mais, vacances et canicule obligent, je n'ai pu commencer la préparation que mi-août. Six semaines de préparation c'est un peu juste, d'autant que la dernière avant l'épreuve doit être allégée pour "faire du jus" (non, pas de raisin !). Le grand principe est d'alterner les types de séances :

  • Techniques pour bien ancrer une gestuelle efficace. Pas de souci pour cela grâce aux séances techniques que j'ai commencé à animer à la rentrée avec mon club.

  • Travail de résistance avec du "fractionné long".

  • Sorties longues pour travailler l'endurance en augmentant progressivement la distance, jusqu'à 30 km.  Réalisées soit à l'allure spécifique régulière de 6,5 km/h, soit en variant avec des portions plus rapides pour générer de la fatigue et revenir à 6,5.

  • Sans oublier les séances de récupération-régénération à l'occasion des sorties cool avec les ami.e.s de mon club.

 

De belles rencontres

Comme toujours, l'un des attraits majeurs d'un événement nordique, ce sont les rencontres et les bons moments passés entre passionnés.  Souvent fortuits, parfois organisés. C'est ainsi que nous avons eu largement l'occasion de faire connaissance avec mon pote Christophe, marcheur nordique normand. Nous avions eu l'occasion de nous croiser rapidement lors d'épreuve locales. Un covoiturage sur les plus de 500 km qui nous menaient en Charente et une colocation nous ont permis de faire plus ample connaissance. Outre la démarche vertueuse au plan écologique et financier, nous n'avons pas vu le temps passer sur la route, tout à nos discussions passionnées et la découverte de nos centres d'intérêt communs.

Ce fut également l'occasion de retrouver Christelle et Sylvie, du club "Marche Nordique Nature" de Saint Maixent, accompagnées par deux joyeux lurons, Bruno et Gillou. Nous nous étions croisés à l'occasion du "Défi Raoul II" à Fougères et elles étaient venues sur "mes terres" participer à la Viking NordicWalk & Trail en mai, avec une délégation menée par Nathalie Hay, leur coach qui y animait l'un des nombreux ateliers techniques proposés la veille des compétitions. Nous avons organisé une veillée d'armes commune devant une pizza.

Et comme souvent, l'épreuve fut l'occasion de rencontres fortuites sympathiques lors de cette belle journée, y compris avec des personnes qui suivent NordicPat sur les réseaux. Je suis toujours touché par les retours de celles et ceux qui apprécient mes contributions sur ce blog.


Aller, c'est parti !

Un échauffement sérieux et nous entamons le parcours dès 8h00. Avec des conditions climatiques idéales ce dimanche, nous abordons tout de suite les sentiers au milieu des vignes. Les discussions vont bon train, nous aussi. Un coup d'œil à ma montre et je constate que nous sommes tout de suite dans le bon tempo, à 6,6 km/h. Un grand avantage en audax par rapport à une compétition : nous marchons tous ensemble à un rythme qui permet de discuter sans difficulté, dans un esprit convivial. Que du bonheur ! Je fais l'élastique entre le début et la fin du groupe pour profiter des échanges entre tous. J'ai prévu de prendre mon casque audio à conduction osseuse pour marcher un peu en musique, mais pas ce matin pour laisser libre cours aux discussions. Finalement je n'aurai pas envie de le prendre l'après-midi non plus.


C'est la remise en route après une longue pause picnic de midi qui me semble la plus compliquée. Il faut faire chauffer la machine qui s'est refroidie. Il ne fait pourtant pas froid sous un cagnard impitoyable. Les gilets jaunes recommandés le matin sont tombés. Quelques rares passages en sous-bois apportent une relative fraicheur.

Je rentre régulièrement, "dans ma bulle" pour profiter pleinement des superbes sensations que j'éprouve. Je me sens "le passager de mon corps" pendant ce beau voyage, comme l'a écrit Henry de Montherlant,.


Focus techniques

L'avantage quand on marche longtemps, à une vitesse raisonnable, c'est qu'on a le temps de s'appliquer sur sa gestuelle. Je passe régulièrement en revue les différentes composantes.

Posture, tête haute et regard au loin. C'est d'autant plus agréable pour admirer le paysage. Relâchement et mobilité des épaules pour une marche en souplesse. Amplitude du balancier des bras. Poussée sur les bâtons, en restant raisonnable dans l'engagement musculaire pour aller au bout du parcours sans mollir. Je teste quand même de temps en temps l'efficacité d'un petit coup de poignet sur le gantelet en fin de poussée. C'est magique : l'amplitude des pas augmente aussitôt au gré d'une propulsion amplifiée. Elle se concrétise par un accroissement de la vitesse, à cadence constante, permettant de remonter sur des marcheurs devant moi.

Le grand secret pour maintenir l'effort sans difficulté excessive, c'est la qualité de la respiration. Dès le départ, je m'applique à une respiration totale, y compris ventrale, lente et contrôlée au rythme des pas, notamment dans les montées. Tout cela avec une inspiration nasale, tellement bénéfique, sauf en parlant évidemment. Lorsque j'en éprouve le besoin ou l'envie, je passe en "mode marche afghane", idéale pour se régénérer (voir mon "tuto audio" à ce sujet). Le constat est clair : Au fil des kilomètres qui s'enchainent, j'entends de plus en plus souffler fort autour de moi. Les discussions se font bien plus rares sur la fin. Malgré la fatigue qui s'installe progressivement, je reste ainsi en parfaite aisance respiratoire jusqu’à l'arrivée.

 

Convivialité, solidarité et entraide

Aucune notion de compétition. Nous sommes là pour partir ensemble et arriver ensemble pour reprendre le slogan de la discipline, et dans la bonne humeur. Un petit mot de soutien de temps en temps quand cela devient difficile, cela fait du bien. Le groupe s'étend entre les meneurs d'allure et les serre-files, de plus en plus au fil de la distance que s'allonge. Les pauses ravitaillement permettent les regroupements. Quelques kilomètres avant l'arrivée, je constate que Bruno, qui était systématiquement devant avec les ouvreurs, a un peu décroché. C'est un trailer, aussi marcheur nordique, qui profite de l'évènement pour préparer un prochain ultra-trail dans la vallée du Draa au Maroc. J'ai eu l'immense plaisir de la découvrir d'une façon bien plus cool en trek (voir le récit de ces moments inoubliables). Au sein du "peloton", j'accélère progressivement pour remonter à sa hauteur et prendre des nouvelles. Il me dit en plaisantant être dans le dur et qu'il ne sera pas être dans le top ten à l'arrivée. "Si si on va y arriver, aller on y va". Et j'entame la remontada avec lui, qui retrouve alors un regain d'énergie, pour terminer avec le groupe de tête. Nous nous arrêtons tous quelques dizaines de mètres avant l'arrivée, pour terminer ensemble comme il se doit.

 

Yesss, c'es fait !!!
Yesss, c'es fait !!!

Tous winners



Le repos des guerriers.

Mon pote Christophe n'est pas très frais à l'arrivée, pénalisé par un problème gastrique. Il est incapable de profiter du ravito, pire de la bière à laquelle moi je pensais depuis un moment. Il ne sait pas s'il sera capable de manger ce soir. Une bonne douche au retour au chalet du camping voisin, et cela va beaucoup mieux malgré des jambes en bois.


Pour ma part, j'ai à protéger mon avant pied droit. Je sentais bien en marchant qu'il me "titillait", avant même la mi-parcours. Je pensais avoir des graviers dans la chaussure, mais non : quasiment rien en l'enlevant à la pause des 25 km . Pas mieux en enlevant ma chaussette et m'essuyant le dessous du pied. Une fois les endorphines estompées après l'arrivée, j'ai du mal à poser le pied par terre. Un pansement s'impose après la douche.



L'appétit revenu, Christophe nous choisit un restau. Alors nous reprenons la route vers Angoulême. Un bon pineau, forcément en Charente, et nous voilà requinqués. Une superbe salade de gésier, le dessert qui va bien, un coup de rouge, et c'est reparti.


La vie de marcheur nordique est belle !!!




NordicPat Septembre 2026

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