La synchronisation en compétition
- Nordic Pat

- il y a 3 heures
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La marche nordique est par essence une marche alternée, bras et jambes opposées, avec une propulsion optimisée grâce à une poussée sur les bâtons. Pour cela, les instructeurs recommandent de synchroniser la pose du talon et du bâton opposé. Or en compétition, on constate le plus souvent une désynchronisation, plus où moins marquée, les bâtons se posant après le pied.
Que préconisent les instructeurs attachés à une technique conforme à l'esprit de la marche nordique ?
Dans la gestuelle issue du ski de fond, il s'agit avant tout de se propulser grâce aux bâtons. Le bâton doit donc être posé dès le début du pas, en même temps que le talon touche le sol. Il est ainsi, posé sous le centre de gravité entre les deux pieds et correctement incliné vers l'arrière, un point d'appui sur lequel le marcheur nordique exerce une pression, du début à la fin du pas. On peut d'ailleurs remarquer dans ce cas que, une fois posé, le bâton ne bouge plus jusqu'à la fin du pas. Il ne passe pas derrière le marcheur, c'est le marcheur qui passe devant le bâton en prenant appui dessus.

Le détail des caractéristiques de cette gestuelle a été matérialisé dans une "Charte de bonnes pratiques" réalisée en collaboration avec un collectif d'instructeurs qui défendent cette vision de la marche nordique conforme à ses origines.
Que dit la réglementation en compétition ?

Trois associations coexistent au niveau international : l'ONWF (World Original Nordic Walking Federation), l'INWA (International Nordic Walking Federation) et l'EMA ( European Master Athetics). Toutes stipulent explicitement l'obligation de poser le talon et le bâton en même temps. De même que la fédération espagnole FEDME (Federación Española de Deportes de Montaña y Escalada) qui y gère la marche nordique.
En France, la FFA (Fédération Française d'Athlétisme), qui a obtenu la délégation ministérielle pour l'organisation de compétitions, n'adhère à aucune de ces organisations internationales. Elle n'impose pas formellement cette règle.
Que font les compétiteurs ?
On parle ici des compétitions jugées (dans le cadre du Marche Nordique Tour de la FFA et des championnats nationaux et internationaux). Dans les compétitions non jugées qui se développent régulièrement, le plus souvent adossées à des épreuves de trail, on constate de tout : depuis des marcheurs occasionnels qui n'ont pas acquis la technique et ne sont d'ailleurs pas forcément motivés par une "perf", jusqu'à des compétiteurs se laissant aller à trottiner, voire courir sur certaines portions, emportés par leur envie de monter sur un podium ou gagner des places au classement.... et aussi des marcheuses et marcheurs confirmé.e.s avec une vraie gestuelle de marche nordique.
Dans les compétitions officielles, les règles doivent être appliquées sous peine de pénalités, distribuées plus ou moins largement en fonction du niveau d'exigence des juges. Pas de pénalité donc en France pour défaut de synchronisation, ce qui est le cas pour la plupart des compétiteurs.
Quelle incidence sur la technique ?
Le but en compétition est de marcher le plus vite possible, pour monter sur un podium, se situer au mieux dans un classement ou simplement améliorer ses performances personnelles. La réglementation est un facteur limitant de la vitesse : on peut marcher bien plus vite sans bâtons en marche athlétique. On constate ainsi que des règlements différents influent sur la technique de marche :
En France, le fait de ne plus imposer non plus l'obligation de poser les bâtons entre les deux pieds contribue à accentuer la désynchronisation, parfois jusqu'au point de poser juste un instant le bâton derrière le pied arrière, voire de se retrouver en marche "à l'amble" qui, elle, est interdite. En Espagne, où les juges sont particulièrement vigilants sur la synchronisation, cela se traduit par une fréquence de pas très élevée, au détriment souvent de l'amplitude.
Il semblerait comme le constate Emmanuel Abraham, champion de France 2026 et Champion d'Europe Master, que la synchronisation, obligatoire au niveau international, n'y est pas systématiquement appliquée ni sanctionnée, mais on observe sur les vidéos (je ne l'ai jamais vécu sur le terrain), des "styles" de marche bien différents.
Quelle est la source des divergences (voire des conflits d'opinion) ?

La notion de synchronisation de la pose bâton/pied à été théorisée par Dominique Verrière dans son excellent bouquin : "Marche nordique en compétition "où il décrit notamment :
La marche en 2 temps : Pose du bâton et du pied opposé simultanée
La marche en 4 temps : Pose d'abord du pied, puis du bâton. Le décalage peut être léger ou très important (4 temps extrême), le bâton pouvant alors se poser derrière le pied avec une poussée par construction nulle à l'avant puisque les bâtons sont "en l'air" et qui peut l'être aussi derrière.
Il est évident que selon ses objectifs, chacun va soit rechercher une gestuelle ample en deux temps, à une cadence conditionnée par ses possibilités, soit plus rapide avec un léger décalage pour "monter dans les tours" au niveau de la cadence soit un "4 temps extrême" (souvent en compétition en France) à une cadence très élevée en posant les bâtons bien longtemps après les pieds.
Outre le sujet de la synchronisation, la vraie question me semble être finalement celle de la propulsion, qui est le marqueur de la marche nordique :
De mon point de vue, on marche nordique si on pousse effectivement sur les bâtons, on fait de la marche rapide avec des bâtons si on ne les utilise pas pour pousser. Le fait de passer le coude devant le buste et la main derrière la fesse comme l'exige le règlement ne suffit pas. A l'avant, avec une pointe de bâton en l'air, il n'y a pas de propulsion possible. A l'arrière, avec la main derrière la fesse mais parfois le coude plié à l'extrême et le bâton posé quasi verticalement, il ne peut pas y en avoir non plus. On serait dans ces conditions bien mieux sans les bâtons.
Que faire ?
Hors compétition chacun fait évidemment ce dont il a envie. Il est clair que lorsqu'on marche à une vitesse raisonnable, à son niveau, la synchronisation est naturelle dès lors qu'on a acquis les fondamentaux de la technique. Les choses se gâtent dès qu'on augmente sensiblement la cadence, les bras ne pouvant plus suivre le rythme des pas. C'est pourquoi les "puristes" estiment que le geste se dégrade avec la vitesse, avec aussi l'apparition d'éventuels mouvements parasites, de crispations et de postures contreproductives voire néfastes pour le corps. Ils recommandent d'ailleurs que ce soient les bras et non les jambes qui impulsent la cadence.
En compétition, on marche le plus vite possible dans le respect des règles. On ne marchera donc pas de la même façon si on est en France ou en Espagne par exemple. Ce qui est regrettable c'est que les règles de soient pas uniformisées, preuve que la marche nordique n'a pas encore acquis des lettres de noblesse en tant de sport de compétition international. Aucune chance qu'il devienne sport olympique dans ces conditions comme certains le souhaiteraient. Le ski de fond d'été (sur petits skis à roulettes) a plus de chance d'y arriver, en biathlon par exemple, le sport étant régi par une fédération internationale rejointe par toutes les fédérations nationales. C'est magnifique à voir : là il n'est pas possible d'avancer vite sans pousser sur les bâtons,
Faut-il être optimiste ?
La logique voudrait que la FFA rejoigne les instances internationales mais, ça, je crains que ce soit un vœu pieux à court terme.
L'équité voudrait que les juges fassent respecter scrupuleusement les règles partout mais, ça, je comprends que ce soit difficile : leur "métier" n'est pas facile.
Le fair-play voudrait que les compétiteurs prenant une pénalité l'acceptent sans broncher ou pire sans insulter un juge mais, ça, je crains que ne soit pas pour demain : même si la très grande majorité sont "sport" il y aura toujours des grincheux et des personnes de mauvaise foi, en marche nordique comme ailleurs.




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